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nerre. Rien de plus comique que la tentative des matelots ivrognes qui , aidés de Caliban, veulent se rendre maitres de l'ile et dépouiller une seconde fois Prospero qu'ils ne recon-, naissent pas. Mais l'omniscience de l'ancien duc de Milan déjoue leur complot; il ordonne à Ariel de lui amener tous les autres voyageurs. Alors il se fait reconnaitre de ses ennemis, leur pardonne, unit Ferdinand à Miranda, retourne en Italie avec sa famille heureuse et repentante. Cette pièce est surtout remarquable par le personnage de la jeune Miranda; les scènes charmantes entre celle-ci et Ferdinand, les paroles selennelles de Prospero, les imprécations de Caliban, création si originale et cependant si poétique, les chants ravissants d'Ariel qui ont inspiré Trilby à M. Charles Nodier, offrent le tableau le plus varié et le plus animé.

» Il existe, entre les grands génies de tous les temps et de tous les lieux, une certaine ressemblance de famille qui se transmet à leurs productions. Ainsi, Miranda rappelle Nausicaa de l'Odyssée, cette royale fille qui descend avec tant de noblesse et de grâce aux plus humbles soins domestiques, et qui, loin de fuir quand l'effroi disperse ses compagnes, attend l'approche de l'étranger suppliant, parce qu'elle croit voir en lui un malheureux à secourir, et sert ainsi de guide au héros d'Ithaque. La fille d'Acinoüs prouve qu'il est possible d'associer la grandeur au devoir, et que la simple vertu, la touchante bonté, forment le plus précieux ornement de la femme et le plus digne cortege de la beauté. La Miranda de Shakspeare, aussi noble, aussi pure, aussi ravissante que la Nausicaa d'Homère , n'a toutefois connu d'autre palais que la grotte paternelle, d'autre sceptre que la baguette de l'enchanteur à qui elle doit le bonheur et la vie; mais son coeur a deviné tout ce qui est juste et louable; il est devenu le sanctuaire de tous les sentiments généreux. Avant d'avoir connu des infortunés, l'instinct de la vertu lụi enseigne à les secourir. Nausicaa passe avec dignité des marches du tronę aux plus pénibles devoirs de famille : Miranda, de l'obscurité qui enveloppe sa païve jeunesse, remonte aux grandeurs sans altérer sa candeur ravissante.

» Créée par le caprice d'une imagination sublime, Miranda n'est cependant point placée hors des limites de la nature humaine; bien qu'elle soit placée dans une sphère idéale, ses perfections appartiennent à son sexe. Fillé du génie, elle en exerce

tous les prestiges; objet d'enthousiasme et d'amour , cette indéfinissable merveille apparaît comme un de ces songes ravissants qui, dans l'absence de nos impressions habituelles, nous abreuvent de délices que les voluptés de la terre ne reproduisent pas. Les perles de la rosée suspendues au feuillage : tremblant, la neige éblouissante qui voltige dans l'air, n'échappent pas plus à l'analyse de l'art, que le caractère de Miranda n'échappe à l'analyse de la pensée.

» Dans la sauvage solitude qui la sépare de l'univers, excepté les regards de son père, elle n'eut pour témoins des jeux de son enfance que les botes des forêts, les oiseaux, les zephyrs mystérieux, l'esclave amphibie subjugué par l'art paternel, et les flots du rivage, qui tant de fois ont caressé ses membres délicats.

» Pure comme le frais bouton que nul souffle n'a effleuré, aussi naïve que Galatée , cessant d'être marbre et n'étant pas encore amante, Miranda ne connaît que son père; il est pour elle le monde entier; le reste de l'espèce humaine ne lui est révélé que par son propre ceur. Elle ne se doute pas que l'homme puisse etre méchant; aussi, quand, pour la première fois, un homme paraitra à ses yeux, elle ne le redoutera point, elle ne le fuira point; s'il est en péril, elle tentera de le secou. rir; son front ne rougira que d'une chaste et touchante émotion, dont elle ne se rendra pas compte à elle-même; elle ne craindra pas plus de s'offrir à ses regards que la fleur ne craint de s'épanouir, que l'arbre n'hésite à se couronner de fruits.

Des trésors de bonté, de raison, de grâce, de noblesse, brillent dans cet étre enchanteur ; tout germe du mal en a été banni. Cependant, ce n'est pas un ange que le génie a voulų, créer; ce n'est pas une de ces fictions où la poésie associe des charmes fabuleux aux dons de la nature: Miranda n'est qu'une femme, et c'est précisément ce qui la rend si admirable; car, l'idéal étonne et flatte l'esprit; le vrai seul touche et charme le cour.

» Miranda, devant le premier homme qui lui apparait, est une autre Ève, pudique à force d'innocence, imposante à force de candeur. Livrée à un doux étonnement, entraînée par un instinct curieux, elle interroge à la fois sa propre pensée et l'étranger qui lui-même la contemple. Est-ce un compagnon, un ami donné par le destin ? elle le souhaite. C'est encore Ève, s'éveillant à la vie, couchée parmi des fleurs, demandant à tout ce qui

l'environne: Qui suis-je ? où suis-je ? et cherchant l'appui, le guide que lui indique la nature. Miranda, pure comme Ève, éprouve un sentiment ennobli par la bienfaisance ; elle se platt à échanger des regards de sympathie avec son hote mystérieux; mais, surtout, elle veut écarter les périls et les maux dont il est menacé. Elle n'a aucune idée de la beauté, et pourtant elle le trouve beau : est-ce un esprit descendu des cieux, un etre insaisissable? son cøur lui fait espérer davantage. Comme l'aveugle, que l'art rend soudain clairvoyant, sent que la lumière lui est désormais indispensable, Miranda ne croit pas qu'il lui soit possible maintenant de vivre sans celui qui la charme; elle reçoit une nouvelle existence, ou plutôt elle acquiert à la fois la vie et l'amour. Docile à ce dieu qu'elle ignore, comme Ève ignorait le divin artisan, elle se soumettra à son empire. La mère des hommes, la main dans la main de son ami, le suivit au berceau nuptial sans autre voile que le nuage embaumé exhalé de l'haleine des fleurs; et Miranda est prête à confier sa pudeur à l'hymen, à prendre pour témoins de cet auguste mystère le silence du désert , la pompe des astres, l'Océan, les esprits, hôtes légers des airs, et l'oiseau solennel, chantre de la nuit.

» Le guide tutélaire dont le magique pouvoir veille sur Miranda, du fond de sa ténébreuse solitude, la transporte sur le trone où l'accompagnent la vertu, le et bonheur l'amour. »

DE PONGERVILLE.

Que le système de magie ou d'enchantement qui a donné tant d'attrait à cette pièce fût, à l'époque où elle parut, un article de la croyance populaire, adopté même parmi les savants avec peu d'hésitation, c'est ce qui est clairement attesté par les écrivains du temps de Shakspeare.

Burton, dans son Anatomie de la Mélancolie, 1617, donne plusieurs témoignages pour prouver que peu de personnes doutaient de l'existence de l'art de la sorcellerie, quoiqu'il parut à plusieurs un art répréhensible.

L'art de la magie prit sous le règne d'Élisabeth une apparence plus scientifique, par son union avec les rêveries mystiques des cabalistes et des rose-croix ; Shakspeare l'adopta sous cette modification, pour en faire usage dans ses drames. L'alchimie, l'astrologie, et ce qu'on appelait théurgie, ou commerce avec les esprits divins, se combinèrent avec les doctrines

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plus particulières de la nécromancie ou de la magie noire ; sous cette forme naquit un système de pures déceptions , qu'on prit souvent pour une branche d'histoire naturelle.

Pendant près d'un siècle, des hommes, que la grande masse du peuple regardait comme doués d'un pouvoir surhumain, malgré leur ignorance et leur présomption et l'exposition de leur art, continuèrent à exciter la curiosité et à tromper l'attente du public. Shakspeare a très-convenablement donné à Prospero plusieurs des ajustements du costume du magicien populaire. Beaucoup de vertus y sont attachées, et Scot, dans plusieurs cas, a offert la description de ce costume.

Notre poëte a donc attaché beaucoup d'importance à ces apparentes minuties, et nous le voyons, dans la scène i de la Tempête, assurer positivement que l'essence de l'art existait dans la robe de Prospero, qui , s'adressant à sa fille , dit : « Donne-moi ta main pour m'aider à ôter mon manteau ma» gique. Bien. (Il dépose son manteau.) Repose-toi là, mon » art. » Il donne la même importance à sa baguette, car il dit à Ferdinand : « Cette baguette seule me suffit pour te désar» mer et faire sauter ton épée ; » et, quand il abjure l'art de magicien, une des choses qu'il exige est qu’on brise sa baguette et « qu'on l'ensevelisse au fond de la terre; » mais les instruments les plus immédiats de son pouvoir étaient ses livres, avec le secours desquels se faisaient ordinairement les enchantements et les abjurations.

Caliban, conspirant contre la vie de son bienfaiteur, dit à Stephano , avant qu'il tente de le détruire : « Souviens-toi » qu'il faut d'abord que tu t'enipares de ses livres : car, sans » eux, il n'est qu'un ignorant comme moi, et n'a plus un seul » esprit à ses ordres. » On voit Prospero employer successivement quatre classes d'esprits ; mais, chaque fois, il se sert du secours immédiat ou éloigné d'Ariel.

Les esprits de l'eau se divisent en nymphes de la mer ou esprits des ruisseaux et des lacs immobiles. Les premiers sont introduits pour consoler Ferdinand après les terreurs de son naufrage. Rien ne peut être mieux approprié que l'idée de la chanson suivante qui frappe l'oreille de Ferdinand, lorsqu'il exprime son étonnement de la mélodie qu'il a entendue auparayant.

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A peine le monstre a-t-il regagné la forêt, qu'une mélodie douce

résonne au loin. On entend l'hymne suivant, que chante Ariel au sein des airs. Le jeune fils du roi, qui l'écoute, suit la direction de cette voix mystérieuse, qui lui annonce la mort de son père, naufrage. La nouvelle est fausse; et ce n'est qu’un prestige magique, comme le prouve la teinte légère et brillante du chant funèbre. Ariel chante, Bien loin, bien loin, au sein des ondes

Transparentes et profondes,

Il repose mollement.
Sur son lit de mousse marine
Une nymphe des eaux s'incline,
Et le flot roule doucement.

Silence! silence!
L'hymne funèbre au loin dans les airs se balance,
S'éteint, meurt, et puis recommence.

Silence!
(Le choeur aérien répète à demi-voix : -Silence, etc.)
Ferdinand. - J'entends l'hymne de mort retentir dans les airs;

D'où peuvent émaner ces magiques concerts ?

En vain j'écoute...
Ariel.

Perle aux couleurs diaprées,
Corail aux tiges pourprées,

Fleur des mers aux longs rameaux,
De votre parure éternelle,
Ornez sa dépouille mortelle,
Resplendissante au fond des eaux.

Silence! silence!
L'hymne funèbre au loin dans les airs se balance,
S'éteint, meurt, et puis recommence.

Silence!

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(Le choeur répète : -Silence, etc.)

PHILARÈTE CHASLES.

Ferdinand peut bien s'écrier : « Ce n'est pas là une chose » mortelle! »

Prospero emploie les esprits de la terre, ou lutins, comme instruments de punition. Caliban, craignant d'être puni de sa lenteur à apporter du bois, donne un détail effrayant de leurs châtiments. Ils reçoivent ensuite l'ordre de chasser, sous la forme de chiens, ce monstre né sorcier et ses complices, Trin

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