Изображения страниц
PDF
EPUB

les or

raisons pardeuant luy:Les matelors mal satisfaits mettoient toute la coulpe sur les soldats, demanderent que quelques-vns d'eux fussent punis, & qu'ils vouloient recommencer vnc autre rebellion : les soldats au contraire monstrerent que c'estoit lesmatelots quiestoiét les aggresseurs, qu'ils ne se laisseroient gourmander par eux, qui ne cesseroiét de les maltraitter ordinairement, s'ils ne leur monstroient les dents & n'estoient en plus grand nombre: Monsieur Vangoch remonstra à ces matelots qu'il estoit expressément deffendu

par donnances des Dix-neuf, qu'il fit lire, de batiser personne ( qui est le terme dont on vse en mer, au lieu de dire moüiller) que par ordre de Iustice. D'ailleurs, que le droit dont ils parloient ne se dcuoit demander qu'à l'amiable, & qu'ils ne pouuoient forcer personne,& que quand mesmes les soldats auroient tout le tort, s'il les vouloir chastier, il en seroitempesché & feroit recommencer le murmure. Puis il tança aigrement les soldats d'auoir couru aux armes, au lieu de fe plaindre à luy, leur ofta leurs moufquets , fuzils & espécs, qu'il fit serrer en la chambre du canonnier, pour leur restituer au besoin: de fait pour les rendre contents il fit donner à chaque mate, lot vnc pinte de vin de France , & à chaque bacq ou leptaine de soldats deux pintes pour

[ocr errors]

vne fois: les matelots brocardoient les soldats, de les auoir fait desarmer & d'auoir esté bien payez, & les soldats se rioient de les auoir battus,& d'auoir eu encore du vin en recoinpense. ·

Er en continuant ainsi nostre nauigation, les Pilotes dirent

que nous estions de la hauteur du destroit de Gilbraltar , & à septante lieuës loing, & en apres de celle du port de Santo; nous passalmes proche les illes de Madere & vismes le Tenarif & Picq de Canarie, cette haute montagne dont le superbe sommet penetre au delà la moyenne region de l'air, & lequel s'apperçoit en vn temps calme & ferain , de quelques septante lieuës , mais auffi quand cela arriue, il denotcvn prochain & impetueux orage. Nos Pilotes pour s'estre mépris en la supputació de leur course qu'ils prenoient au compas marin, à l'Astrolabe sur le midy, & par fois la nuità l’eftoile du Nord, nous firent voir les costes de Maroc en Barbarie d'Afrique. Lors mesmes qu'ils croyoient estre fortauancez dans le Couchant, ils changerent leur route contre les isles salées: mais au lieu de nous aller rafraischir en l'isle saint Vincent, l'vne d'icelles, comme c'est l'ordinaire des voyageurs , Monsicur Vangoch ne voulut pas qu'on s'y arrestast, afin de nous rendre plustostau Recif, traitte par trop

Le Tenarif.

fati

gable. A seize degrez & demy, proche la ligne, nous vismes aussi les illes de Sal & de Bella Vishera, voisines de celle de saint Vincent, habitées des bannis d'Espagne, qui sont là releguez & qui se racheptent par vn nombre de peaux de boucs, qu'on leur ordonne de liurer paran, dont on fait les marroquins d'Espagne. Nous eusmes la recreation de voir sur cette vaste & spacieuse estendųë des eaux vn nombre innombrable de diuers poissons, quantité de ceux qui auec leurs aisles de cartilages, de la grosseur des gros harangs & d'excellent goult, voltigeants en l'air, venoient donner communement dans nos voiles, comme beccasses dans les pentaines, des çonins, marsoüins, emisfelles & bonites, dont nous peschasmes & prismes abondamment à la ligne & à la fesche. La grande chaleur du Soleil, les viandes salées & la portion d'eau douce qu'on retrancha àvn verre par iour, toute puante & pleine de vers , les biscuits moisis & gastez de l'humidité de la mer, causerent de grandes souffrances & incómoditez; mais sur tout vn calme de fixiours qui se fit sous laligne,

faillir à nous faire tous estouffer de chaIçur, sans qu'il fust possible pendant cet espace, d'auancer d'vn demy quart de licuë ( prodige merueilleux de cette formidable plaine humide, qui demeuroit auec moins d'agita

[ocr errors]
[ocr errors][ocr errors]

120

[ocr errors]

Relation de la Guerre tion qu'vne eau croupie)& csmeuë des vents fait trembler le monde & fait naistre de la terreur & de l'effroy dans les ames les plus conftantes & resolués, se iouë, furieuse , des nauires les plus puissants, malgré l'industrie de ses conducteurs, comme des coquilles , leséleue au faiste de ses hautes montagnes d'eau, & les abbaisse en vn moment dans ses

profonds vallons, comme si elle les descendoit en vn golphe inéuitable , lors qu'au mesme inftant elle les remonte derechef au dessus de ses bosses , & fait tousiours retomber dans ses abysmes consecutiuement, puis dés le lendemain se fera voir douce & sans mouuement.

Les rayons ardents du Soleil qui estoient à nostre veuë côme des bluettes de feu , engendrerent, auec ce quia esté dit, plusieurs infir

mitez, le Schorbut maladie de mer qui recient LeScorbut dangereu le mouuement des nerfs, pourrit les muscles,

courbe les membres, s'attache aux genciues qu'elle corrompt & fait toutes noires, & qu'il faut en apres decouper auec des rasoirs, incomnioda grande partie des soldats & matelots ; n'y en eut pas vn qui ne tombast malade d'vne fiebure continuë & d'yne douleur de teste dangereuse durant neuf iours , lesquels passez il n'y auoit rien à craindre , elle en fit mourir vn grand nombre, sur tout ceux qui n'ayants pas beaucoup de soin de leur conser

uacion,

fc maladie de mer.

[ocr errors]

uation, s'expofoient l'estomach descouuert à la delicieuse fraischeur de la nuit, qui leur estoit en apres mortelle: nostre Medecin, les Chirurgiens, le premier Pilote, le commis du nauire, le maistre des voiles & vne cinquantaine d'autres de ce vaisseau moururent, qu'on enueloppoir d'vne couuerte du linceul & iettoiten lamier trois ou quatre heures apres leur trespas,auec deux boulets de canon aux pieds, vn tifon ardent & vn coup de canon, qu'on délaschoit pour la derniere ceremonie: Tous ceux qui deuindrent malades les derniers, dont Monsieur Vangoch & moy fusmes du nombre, ne peurent estre secourus de medicaments, à cause que les drogues estoient toutes consumées ; ce qui resta estoit de l'huile d'oliue qui feruoit à faire des medecines, des boüillons & des lauements. Cette dure misere nous estoit vn peu supportable, à cause du diuertissement des baleines qui se venoiét frotter contre nostre nauire pour nous regarder, les dauphins qui se ioüoiét deux à deux en nostre presence, les dorades plus beaux, plus agreables & plus delicats poiffons de la mer, auec les gros & grands poissons qu'on appelle les souffleurs, lesquels remplisfoient leur ventre d'eau iusqu'à creuer, puis la venoient dégorger proche & dans nos nauires, le gosier en haut l'espace d'vndemy quart d'heure. Sice

e

« ПредыдущаяПродолжить »