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QUELQUES CONSIDÉRATIONS

SUR LES

Monuments Mégalithiques du Pays Guérandais

I

DESCRIPTION

Personne aujourd'hui, dans le monde savant, n'ignore le rôle joué depuis le Moyen-Age par le pays guérandais dans l'histoire de France et de Bretagne, en particulier. Guérande, comme tous les autres pays, a trouvé ses historiens : ses remparts sont devenus célèbres et l'antique collégiale de Salomon, « vrai musée d'architecture, » fait l'admiration des archéologues et des touristes. Mais avant l'histoire des civilisations connues il a existé d'autres civilisations et une autre histoire, celle-là encore entourée de ténèbres; et dans le passé nous entrevoyons l'ombre de peuples assez développés pour avoir façonné les beaux instruments de Tumiac, du Mané-er-Hroeck, de Saint-Michel; j'ajouterai ceux de Guérande.

On s'est beaucoup préoccupé de Carnac, de Locmariaquer; leurs mystérieux mégalithes semblent avoir attiré tous les

regards, au détriment d'un autre groupe de monuments de même · nature. En effet, sur ce même sol de la Bretagne, existe une autre colonie de monuments mégalithiques, sans doute peu connus, mais dont l'importance dut autrefois être grande. Il y a vingt à trente ans, l'archéologue sortant de Carnac, et arrivant en pays guérandais, aurait été étonné de voir une trentaine de mégalithes groupés dans un rayon de deux kilomètres. Mais l'oubli causa leur ruine, et, faute de protection, ces monuments tombèrent en grande partie les uns après les autres. Le pays

où se dressent encore les derniers de ces monuments est entouré presque partout de limites naturelles. D'un côté c'est la Grande-Brière, de l'autre un vaste marais impraticable la moitié de l'année. La campagne est pittoresque : c'est le paysage breton : landes, bois, chaumières groupées par villages portant très souvent des noms bretons. Et au milieu de cela quinze monuments mégalithiques encore debout, dont le plus beau est assurément l'allée couverte de la Motte.

L'ile (1) de la Motte renferme deux allées couvertes à cent mètres de distance l'une de l'autre. Toutes deux étaient autrefois enfouies sous tumulus. L'une, longue de huit mètres est assurément le plus beau monument de ce genre de la LoireInférieure. Absolument intacte, elle est formée d'une galerie légèrement courbée, aboutissant à une chambre sépulcrale orientée E.-O., haute au plus de deux mètres. L'autre allée est écroulée, mais les blocs qui la composent nous font penser qu'elle devait être plus grande que la première.

A l'ouest de ces monuments, à une distance de quelques centaines de mètres se dresse un superbe menhir de quartz appelé la Pierre-Blanche ou Gravier-de-Gargantua, et près duquel gît un second menhir abattu. Puis au nord, à un kilomètre et demi, s'élève la butte du Crugo, position splendide qui domine tout le pays et où s'étalent les pierres de recouvrement d'un dolmen détruit. Derrière celui-ci, dans l'ile de l'Angle, à Kerlô, une magnifique pierre couchée atteste l'existence d'une allée cou

(1) Dans le pays on appelle ile une vaste étendue de terre appartenant à des propriétaires différents.

verte détruite il y a dix ans. Un peu plus loin, c'est le dolmen de Crévy, puis le menhir de Kerveloche élevé au bord d'une fontaine au milieu d'un village; le menhir de Kercabus; la butte de Sandun qui renferme un dolmen; et, en face, une autre butte moins élevée, nommée la Grée, où il ne reste que trois menhirs. Enfin, à deux cents mètres de là se dresse l'enceinte du Brétineau, vaste rectangle de pierres vierges, long de quatrevingts mètres, et, dans la Brière, un menhir appelé la Rocheaux-Moines.

A cette nomenclature il faudrait ajouter six dolmens ou allées couvertes, aujourd'hui détruits : trois près du village de Breca et trois autres au Clos-d'Orange; de ces derniers il ne reste que deux pierres. Quant au nombre de menhirs abattus il serait assez difficile de le dire : les gens du pays se souviennent d'avoir brisé des pierres levées dans plusieurs champs, dans l'espoir de trouver le fabuleux trésor. En 1896, fut également détruit un petit talus de terre, sorte de retranchement situé près de la Brière, où fut trouvée une superbe hache-marteau, longue de 26 centimètres.

II

PARTICULARITÉS DES MONUMENTS. LE SILEX ET LES INSTRUMENIS.

PEUT-ON FAIRE DE CES MONUMENTS UN GROUPE A PART?

La curiosité et l'intérêt de ces monuments tiennent surtout au petit espace où ils sont renfermés; c'est comme un second Locmariaquer. Tout autour de la Grande-Brière existe une couronne de mégalithes. Mais, aux confins des communes de Guérande et de Saint-Lyphard se trouve, pour ainsi parler, un næud, un amas de monuments, particulièrement de dolmens. Trois points semblent avoir dominé dans ce groupement : la Motte, Sandun et le Crugo. En effet, de ces endroits, les plus élevés du pays, – partaient des voies pavées, sorte de dallages, reliant les principaux monuments de la contrée. Une voie, ayant pour point initial l'intérieur du dolmen de Sandun, allait, en passant par le menhir de Kerveloche, jusqu'au Crugo, d'où une autre voie se dirigeait à la Motte où un dallage unissait les deux dolmens de cette île. Les restes de ces voies furent détruits vers 1892. Les pierres étaient peu épaisses et taillées et le dessin de l'arrangement offrait quelque ressemblance avec l'opus incertum des Romains. Toutefois, ces voies sont antérieures à la période romaine, j'ai pu le constater en fouillant le dolmen de Sandun où venait aboutir l'une de ces voies. En les détruisant, les gens du pays affirment avoir trouvé un souterrain voûté de grosses pierres. Ceci reste à contrôler; mais l'existence d'une crypte souterraine, ou même d'un dolmen, ne serait pas impossible, d'autant moins que l'endroit désigné, appelé Keralo, forme une légère butte affectant la forme d'un tumulus en partie enlevé.

Une particularité frappante montre que cette région située en Guérande et Saint-Lyphard - était occupée à l'exclusion du pays qui l'entoure. Si l'on quitte ce territoire en franchissant les limites naturelles des marais de Kerlo, de Gras et de Pompas, on ne trouve plus un seul monument, un seul instrument. Cent mètres de tourbe forment la séparation : d'un côté le silex taillé abonde; de l'autre il est impossible d'en trouver un seul éclat. Le sol est, d'une part, jonché de débris de civilisation ancienne; et, de l'autre il forme une vaste bande de terre sans aucun vestige de la même époque; c'est beaucoup plus loin qu'il faut aller chercher d'autres traces du passé. Et les endroits où la civilisation semble s'être concentrée, forment les points extrêmes du pays qui nous occupe, c'est-à-dire les endroits bas et les bords de l'eau. Là, en effet, se trouvent la plupart des instruments, tout au moins les plus beaux, et, jusque dans la tourbe, on a retiré des silex taillés, des celts en jade, chloromélanite ou autre pierre rare.

Mais, au delà de cette région inoccupée dont nous venons de

parler, se déroulait un cercle très étendu de monuments de même nature. On peut le suivre en partant de Pénestin, à l'embouchure de la Vilaine, et en côtoyant la mer jusqu'à l'entrée de la Loire, pour remonter par le bord occidental de la Brière. Ce cercle était réuni au groupe de Guérande par deux chemins que l'on peut suivre à la trace, en parcourant le pays. L'un va directement « juxta petram Concor (1) » en passant par l'emplacement actuel de la ville de Guérande; l'autre allait au delà de Saint-Lyphard, à Herbignac et au Morbihan. Ces deux voies sont, en effet, les deux seuls chemins que l'on puisse prendre pour atteindre le groupement de Guérande-Saint-Lyphard, puisque partout ailleurs des marais en défendent les abords. Tout le pays environnant ces deux routes ne renferme aucun vestige néolithique. Au contraire, lorsqu'on arrive à cette petite colonie de quatre kilomètres de diamètre, il n'est pas un champ, pas un sentier qui n'ait à présenter quelque débris, soit un monument, soit un instrument.

Pour affirmer une existence distincte à cette petite colonie, il faudrait savoir quelque chose de son industrie, comparer ses instruments avec ceux du nord de la Vilaine.

Mes observations m'ont conduit à la découverte d'un atelier de silex près du village de Kerlô, dans l'ile de l'Angle, au bord des marais. Là, en effet, parmi cinq cents silex et même davantage, que j'ai ramassés en moins de deux heures, se trouvent des quantités de nucléi, d'instruments à peine ébauchés, d'éclats portant le cone de percussion, de rognons de silex. Ces nucléi sont tous polygonaux à base concave, ronde ou ovale. Leur hauteur ne dépasse pas quatre centimètres. Quelques-uns sont transformés en percuteurs, d'autres en grattoirs, mais nul n'affecte la forme des « livres de beurre » du Grand-Pressigny.

Ces matières premières, pour ainsi dire, ne semblent pas ici rassemblées fortuitement. C'est tout le matériel d'un atelier

(1) Mentionnée au Cartulaire de Redon.

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