Изображения страниц
PDF
EPUB

ont créé par là des ennemis nombreux qui autrement ne le seraient pas. Je ne crois pas leur idée bien fondée, vû que nous sommes déjà libres, que l'Angleterre est à présent, comme vous le savez, le pays le plus riche de l'Europe, et qui prospère le plus, et qui (le climat à part) est actuellement le plus heureux. J'ai exposé au Parlement un principe tout contraire à celui de Mr. Paine. Je leur ai représenté que votre Révolution, suivie d'une alliance entre la France et l'Angleterre, nous assurerait la paix, et par là une augmentation de prospérité qui produirait par conséquent un degré de contentement chez la nation qui tendrait à préserver notre Constitution. Qu'au contraire, notre Constitution aurait à risquer, si l'ancien et absurde système de guerre réprenait, vû les dépenses ruineuses que ce système détestable entraîne, et que tout ce que nous aurions le plus à craindre serait l'établissement en France d'un gouvernement sous des auspices Autrichiens, Russes, ou autres auspices étrangèrs quelconques. J'ai parlé du désir des amis de votre nouvelle Constitution en France d'être liés avec les Anglais, et qu'une telle alliance assurerait aux deux pays la prospérité pendant des siècles; et que nous devions nous servir en votre faveur en ce moment de notre influence envers toutes les nations. Ce discours a été accueilli par des vifs applaudissements dans les différentes parties de la Chambre. J'espère (malgré tous les obstacles) de voir un jour nos deux nations unies par des liens indissolubles; et je ne cesserai de travailler pour cela. Je vois dans le Logographe No. 150 que Monsieur Hausseman a proposé dans votre Assemblée un établissement national pour le dépôt des assignats. Je suis charmé de voir que l'honorable membre ait agité cette question importante. Il propose en surplus qu'on puisse y deposer des monnaies, des ingots d'or et d'argent, et des pierres précieuses. Je doute fort si, en cela, il a raison. Voudrez-vous bien faire et à lui et à M. Condorcet une seule observation, à savoir, le danger de créer par là une grande tentation à une populace, dans un moment de crise, de venir attaquer et piller le dit dépôt ; au lieu que dans mes lettres à M. Condorcet, je proposais qu'on n'y tînt que des livres. Il n'y aurait pas même d'inconvénient d'y tenir des assignats, parceque par le moyen du feu, ou par des moyens chimiques, on pourrait subitement détruire les assignats, et empêcher par là que des insurgents ne s'en emparent. Ce n'en est pas de même des autres articles susdits. Et par rapport aux livres, on devrait en avoir une copie exacte portée chaque jour à quelqu'autre endroit de sûreté. Permettez que je vous entretienne encore une fois sur la question des prêtres non-assermentés. Nul homme dans aucun pays ne peut regarder avec plus de respect ni avec plus de vénération que je ne le fais la plupart des étonnants travaux de l'Assemblée Nationale Constituante. Quels efforts n'ont-ils pas fait ! Que de tyrannies n'ont-ils pas renversé, et en si peu de temps, et avec si peu de moyens ! Et que de vérités n'ont-ils pas développé ! Ils ont fait presque tout pour l'établissement d'une constitution libre, lorsqu'ils ont fait armer les patriotes, et qu'ils ont éclairé le peuple sur ses droits et sur les vrais intérêts de leur patrie. En parlant d'une Assemblée qui a si bien mérité la reconnaissance, non seulement de la France mais de l'Univers, qu'il me soit, pourtant, permis de dire qu'elle a fait une faute importante, et que cette faute peut, et devrait, être corrigée par votre digne Assemblée Législative. L'intolérance religieuse n'était pas dans les principes de l'Assemblée Constituante, mais, en général, tout au contraire ; et si elle s'y est laissée entraîner une seule fois, en croyant servir la cause de la liberté, le succès n'ayant pas justifié en cela l'opinion qu'elle a formé, on ne saurait trop vite rectifier cette erreur, en revenant à cet égard sur ses pas, et en recourant avec confiance et avec certitude aux règles fondamentales de la justice, que l'on ne devrait jamais perdre de vue, pas même pour un instant. J'ai maintenu un jour, dans le Parlement d'Angleterre, les deux propositions suivantes, et je les maintiendrai partout. Elles s'appliquent à la France comme à l'Angleterre; elles sont communes à tous les pays :1. Que nulle Assemblée, soit Législative soit Constituante, ne peut avoir aucune autorité que celle qui émane de la nation qu'elle représente, et que cette autorité ne saurait jamais être, en aucun cas, plus grande que celle que la nation aurait le droit d'exercer si la nation (au lieu d'agir par des représentants) agissait par elle-même. 2. Qu'aucune nation, même agissante par elle-même, ne peut avoir le droit de contraindre les individus qui la eomposent que sur les objets seulement qui font

partie du Contrat Social, c'est-à-dire, sur les objets purement civils, et sur les objets purement politiques. Mais la religion n'étant point un devoir d'Anglais à Anglais, ni de Français à Français, ni de citoyen à l'Etat, ni de citoyen à citoyen, aucune nation, même agissante par elle-même, n'a le droit d'exiger d'aucun individu qui qu'il soit de faire aucun acte à l'égard de la religion qui peut être contraire à la conscience timorée du dit individu. Voilà les principes sacrés de la liberté religieuse. Le Japon ou la Chine ne sont pas plus hors des limites de toutes les jurisdictions Européennes, que la conscience en matière de foi n'est entièrement hors des limites de la jurisdiction légitime de toutes les nations et de tous les gouvernements quelconques. Et comme il est du devoir de tout peuple, en faisant des loix, de se restreindre scrupuleusement à ses propres limites territoriales, de même il est du devoir de toutes les nations (et par conséquent du devoir de tout corps qui représente un peuple) de ne faire des loix compulsatoires que sur les vrais objets du Contrat Social, et non point sur des matières qui lui sont parfaitement étrangères. Ce n'est pas à la fin du dix-huitième siècle que l'on doit douter d'une vérité aussi évidente. Or l'Assemblée Constituante a décrété que les prêtres prêteraient serment de maintenir la Constitution, tandis qu'il y a dans la Constitution de certaines choses qui affectent leur croyance religieuse, et auxquelles ils font mal à propos (et si vous le voulez absurdement) des objections. Mais pourquoi un tel serment pour des prêtres ? A mes yeux il est souverainement ridicule.

Heureusement le dit décret ne fait point partie de la Constitution, et c'est avec un plaisir le plus grand que j'ai appris que des prêtres non-assermentés à Paris, et qui ont beaucoup d'influence parmi les autres prêtres nonassermentés, avaient expressement déclaré qu'ils prêteraient un serment d'obéir à la Constitution, ce qu'ils regardent comme un devoir passif, mais ils croyent (ou pretendent de croire) que c'est un devoir en eux de refuser le serment de maintenir la Constitution, ce qu'ils regardent comme une promesse de faire une chose active. Si c'est là leur langage vous ne devriez point hésiter de changer le dit serment pour eux. Vous avez dans votre Assemblée des hommes respectables par leurs talents et leurs lumières, M. Condorcet, M. Vaublanc, M. Lemontey, M. Gaudet, &e. Pourquoi ne pas assembler douze à quinze hommes pareils pour les consulter ? Le Veto a paralysé vos décrets sur les prêtres. Vous n'auriez sûrement pas de Veto pour le changement de la loi que je vous propose. Le grand bien qui en résulterait serait de vous donner un moyen de distinguer les bons prêtres qui sont seulement bigots, des méchants perturbateurs aristocratiques, qui ne se servent de la religion que comme un masque hypocrite pour en imposer au peuple. | Ce n'est pas à vous, Monsieur, à qui il peut être nécessaire de parler de l'importance de cet objet. Je frémis de penser aux massacres qui vont avoir lieu dans vos paroisses ignorantes, si vous avez la guerre ; massacres qui auront la religion ou pour raison ou pour prétexte. Commencez par vous ranger du côté de la plus scrupuleuse justice : ôtez à tous les prêtres le droit d'en

« ПредыдущаяПродолжить »