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à l'avenir; je sais bien que pour l'univers, hors de votre île, je n'ai plus rien à regretter à leur chute. Je crois bien que la meilleure politique était celle de la France. Par l'intégrité de l'Empire Ottoman elle entendait " laissons les s'arranger entr'eux; veillons seulement à ce qu'aucun voisin ne s'agrandisse à leurs dépens." Il était devenu assez évident que le sabre d'Othman ne suffisait plus pour gouverner l'empire, que les Turcs fort inférieurs en nombre, plus inférieurs encore en talents, ne pouvaient maintenir leur domination sur tant de nations sujettes, à la fois plus fortes et plus habiles qu'eux. Nous devions assister à la naissance de peuples nouveaux, à peu près comme à la chute de l'Empire Romain au moyen age. Ce qui a suivi la guerre de l'année passée, et les convulsions actuelles de la Turquie d'Europe, montrent assez que vous avez affaibli le Sultan au lieu de le fortifier, et que le danger du côté de la Russie est doublé. Mais on peut deviner mal les evènements; ce n'est encore qu'une erreur de l'esprit, tandis que l'établissement par la violence de nos théories chez des étrangers sur lesquels nous n'avons aucun droit est un crime. On a beaucoup débattu dans les deux Parlements si votre expédition en Syrie était une offense pour la France. Aux yeux de l'humanité ce n'est pas là qu'est la question. Aviez vous une cause légitime de guerre contre le Pacha d'Egypte ?—prince feudataire comme les Electeurs de l'Empire et qui a eu de tout temps le droit de guerre et de paix. Voici déjà plus de six mois depuis ces sanglantes exécutions; et le Ministère Anglais n'a pas indiqué seulement une offense, un grief, qui put motiver des hostilités. Alors qu'est ce que les bombardements, l'incendie des villes, l'excitation à l'insurrection, la destruction de l'armée Egyptienne, des crimes, des meurtres, dont le nombre et la grandeur ne diminuent point l'atrocité ? Dans une guerre sans cause, sans prétexte, l'Anglais s'est conduit en barbare, Mehemet Ali en Prince civilisé. Je ne dis pas qu'il n'y eut rien à faire pour la Syrie ; l'influence Européenne pouvait la protéger, alléger son joug, au lieu de l'incendier et de mettre des armes aux mains de toutes les factions. La guerre de la Chine me cause un sentiment d'horreur et de pitié plus profond encore. Il me semble voir diriger des colonnes d'infanterie et d'artillerie sur les écoles de l'enfance ; c'est une horrible boucherie que le massacre d'êtres qui n'ont aucun moyen de se defendre. Une guerre est dejà jugée quand on voit des millions d'hommes tués d'un coté,'quelques individus blessés de l'autre. Et puis le motif de cette guerre ; le commerce d'opium et le commerce des nègres sont deux forfaits d'égale noirceur; de même c'est le sacrifice à la cupidité des droits du bonheur, de la vertu, de nations entières. L'année passée les Tories attaquèrent le Ministère sur cette guerre en lui reprochant l'iniquité de son objet. Lord Wellington se sépara alors de ses amis en déclarant que ce n'était pas pour la contrebande que vous vous battiez, mais pour obtenir réparation d'une insulte au représentant de l'Angleterre. Fort bien, vous l'avez obtenue, mais que signifie alors l'indemnité pécuniaire, et comment excuser le renouvellement annoncé des hostilités pour obtenir plus d'argent encore en faveur de contrebandiers qui ne méritent que la ruine ?

Je suis loin d'avoir des opinions arrêtées sur les monopoles qui sont aujourd'hui l'objet du débat entre les deux partis. Quant aux sucres, dès que vos colonies seront bien organisées je n'ai aucun doute que le travail libre ne soutienne avec avantage la concurrence du travail servile ; qu'il ne soit beaucoup plus économique au planteur de payer ses ouvriers en argent plutôt qu'en coups de fouet, l'espoir faisant faire bien plus et de meilleur ouvrage que la crainte; mais la loi présentée par le Ministère me paraît prématurée. Ce n'est pas lorsque vos ateliers sont encore dans un état de désordre et presque d'ivresse qu'ils peuvent braver la concurrence de la Havane et du Brésil.

La question des blés me fait naître des doutes de même nature. Ce n'est pas de la rente des propriétaires non plus que des fermiers que je me préoccupe ; les riches se tireront toujours assez d'affaire; mais il ne me semble pas que dans vos débats Parlementaires on traite la question du pauvre sous son vrai point de vue. Pour le bonheur d'une nation ce n'est point de procurer des vivres à bon marché qu'il s'agit, mais bien d'assurer aux hommes la demande du travail et son salaire. Il importe peu que le pain soit cher pourvu que l'ouvrier soit assez bien payé pour l'acheter en abondance au prix du marché. Or de tous les pays de la terre il n'y en a aucun où l'agriculture employe moins de bras que l'Angleterre, soit comparativement à la masse de ses produits ou aux classes de la population qui n'y sont pas employées. Convient-il de diminuer encore cette proportion ? Convient-il de renvoyer encore cent mille familles peut-être des champs dans les villes ? Le but

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de ceux qui demandent la liberté du commerce des grains est de faire que le quart ou le cinquième de la population Anglaise se nourrisse de blés étrangers ; mais c'est précisément comme demander que le quart ou le cinquième des laboureurs de l'Angleterre renoncent à cultiver le blé; et en effet ils annoncent que beaucoup de terres trop pauvres pour étre profitables ont été mises en culture à taux de monopole, et qu'on les remettra en pâturage dès que les ports seront ouverts. Chose étrange, que personne ne parle de ce que deviendront les familles qui les labourent ! Les ateliers des villes déjà surchargés de mains inutiles sont-ils en état de les recevoir ? La baisse des salaires, soit dans les campagnes d'où on les chassera, soit dans les villes où ils reflueront, ne fera-t-elle pas pour augmenter la misère plus que compenser la baisse du pain ? Les chefs d'atelier y gagneront peut-être; la baisse des salaires leur permettra de vendre davantage de leurs produits au dehors, mais le pauvre sera plus mal. Je n'en conclus point que l'état actuel soit bon ; bien au contraire. Dans tout le reste de l'Europe l'ancienne-organisation du travail qui associe le laboureur au produit de ses sueurs subsiste encore, et elle le dérobe aux funestes effets de la concurrence universelle, et aux révolutions aléatoires d'un marché trop vaste. Mais dans l'état économique auquel vous êtes arrivé toutes les innovations semblent produire un même effet, augmenter la richesse du riche et la misère du pauvre. Votre dévoué serviteur, J. C. L. DE SISMONDI.

M. de Sismondi à Lord Mahon.

Chesne, près Genève, 25 octobre, 1841. Puissiez vous, my Lord, réaliser le projet que j'ai tant de plaisir à vous entendre annoncer, de visiter de nouveau notre lac et nos montagnes avec Lady Mahon, et le faire pendant que je suis encore en état de profiter du plaisir extrême de vous revoir ? Je suis toujours tourmenté par le même insupportable hoquet dont je vous parlais il y a six mois; et cette petite convulsion qui m'interrompt quatre ou cinq fois à chaque phrase me rend bien peu propre à la conversation; mais il me semble que l'entraînement de parler avec vous me le ferait oublier. Il y a en effet quelque chose d'alarmant, je ne dirai pas dans la politique de l'Angleterre mais dans celle du monde entier; c'est cette irritation sourde qui se manifeste moins encore dans les Cabinets que dans les nations, cette disposition morbide de croire l'honneur national compromis par la moindre concession, cette brutalité, je dirais presque, avec laquelle chacun répète : Ou ma volonté ou la guerre; tandis que le grand but de la diplomatie doit être la conciliation, que la paix ne se maintient dans la république du monde civilisé que par des transactions continuelles entre des intérêts et plus encore des préjugés opposés. Ce sont toujours les gouvernements libres qui se montrent les plus entiers dans leurs prétentions, les plus éloignés de transiger, parceque la voix du peuple à l'intérieur parle si haut

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